Les boites de Marion Oster dite Lucrèce

De loin comme des fleurs fraîches… De plus loin des autels portatifs… Un air américain du sud, des couleurs qui crient de douleurs cruelles ensevelies sous les amulettes… Ces boites sont des églises dans lesquelles on pénètre si doucement qu'on entend ses pas sur les dalles… On s'avance dans une forêt de voeux et d'aveux curieusement incarnés par des objets du culte… La main de celle qui fait ne se montre jamais :on connaît ses choix, ses combinaisons, ses accumulations mais on ignore si elle existe. Elle ne voudrait pas briser le charme qui relie toutes ces reliques… Elle s'oublie dans son travail qui la mène hors du temps, hors de ce sol, là où règne l'Amour absolu. Offrandes, dons minuscules, la pacotille pimpante qui permet de payer le voyage. Là où il est possibles espérer. Là où il est possible de demander pardon, une rémission, une trêve… La main invisible avoue qu'elle fait du beau pour qu'on la voie…elle se voue toute à sa propre absence… Etre ou ne pas être… Dire et se taire… Souffrir et s'abandonner… Séduire et attendre…  Avoir été la proie,et châtier le chasseur… Cela en pensée muette afin d'être mieux comprise…Rien imposer, la victime organise sa conscience mutilée…aucun dû… De là-haut une flèche viendra,un signe… une caresse ou un acte qui pique… Tant de petites choses avancées n'ont pas la vocation d'appeler une vengeance… une réponse aux blessure… les questions difficiles seront résolues, la loi du talion sera exclue… Que de soins, que de minuties, que de délicatesses!…alors qu'il y a sans doute des malheurs énormes qui ont sévi! Le fracas ne console pas, la peine pleure doucement… Dans ces boites - dans ces églises- on crée les conditions d'un miracle salvateur. On imagine une fin heureuse à des catastrophes intimes. On se prépare à un nouveau, sous d'autres soleils…

Angers, mercredi 28 mars 2012

Alain ARNEODO

Imaginaires reliquaires

Les boites de Marion Oster, dite Lucrèce, sont reliquaires étranges ne s'insérant guère dans l'imagerie consensuelle, elles abritent à demeure cette part de vécu en laquelle l'intime se fait complice d'éternité. Elles sont offertes au regard comme une obole silencieuse aux paroles absentes mais à l'indicible prégnance.

Luxuriantes partitions d'une mémoire buissonnière, elles témoignent de voyages lointains que l'on ressasse sans cesse au fond de soi, pour, à satiété, s'en imbiber sans doute.

Fascinantes bribes d'un trop plein de passion, elles regorgent d'incoercibles secrets où l'on s'immisce parfois, en quête peut-être de je ne sais quel «autre» qui ne serait qu'un «autre» soi.

Insignes écrins, où le regard se perd, où le décor se fond en parures anonymes que quelque vague folle emporterait comme autant d'angoisses secrètes.

Reflets sans doute de quelque itinérance ancienne que Marion (Lucrèce) laisse à chacun le loisir de s'approprier pour faire sien cette sourde véhémence qu'elles véhiculent en d'indicibles réminiscences.

Mars 2012

Bernard CHEVASSU